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Marche pour l’égalité le 26 mars

17 mars 2017

La LDL sera présente à la marche pour l’égalité organisée dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme. Elle invite ses membres et sympathisant-e-s à participer à la marche en grand nombre. « Dimanche 26 mars 2017 à … Lire la suite

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Soirée bénéfice : jeudi 4 mai 2017

16 février 2017

C’est le jeudi 4 mai 2017 à 20h, au Lion d’Or, que se tiendra la 9e soirée bénéfice de la LDL. Réservez votre soirée! D’autres détails à venir prochainement.

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Résolution d’appui aux Algonquins du Lac Barrière

22 février 2017

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Dons mensuels: une campagne réussie

22 février 2017

Nous tenons à vous remercier d’avoir répondu en grand nombre à notre campagne de dons mensuels. Notre objectif de 54 donatrices et donateurs mensuels a été atteint, et nous sommes maintenant rendus à 57. Il n’est pas trop tard pour … Lire la suite

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La racialisation

1 mars 2017

Revue Droits et libertés, Vol. 35, numéro 2, automne 2016

Sirma Bilge, professeur agrégée
Département de sociologie, Université de Montréal

 

Mathieu Forcier, candidat au doctorat en sociologie
Université de Montréal

 

Le concept de racialisation, appelé aussi racisation en espace francophone, est devenu ubiquitaire à travers les sciences sociales et humaines, au delà de la sociologie des relations ethniques, du racisme et des nationalismes dont il émergea en 1977 et s’y développa dans les années 1980[1]. Utilisé pour l’analyse d’une grande variété d’enjeux et de processus (institutionnels, politiques, économiques, culturels ou identitaires), il n’est cependant pas toujours bien défini[2].

Afin de démystifier ce terme et ses usages pour les non-initiés, il est utile de noter que l’emploi de ce terme est comparable à mettre les guillemets au terme race[3]. Dans les deux cas, on signale que la race n’a pas de substrat ou de réalité biologique, qu’elle se construit et devient socialement significative au sein des relations sociales, à travers l’organisation du pouvoir, les arrangements institutionnels et les pratiques sociales culturelles, économiques et psychologiques. La racialisation renvoie ainsi à un processus de signification, de production des catégories qui altérisent et minorisent – processus inscrit dans des rapports de pouvoir. Or cette première description, trop générale, n’explique pas en quoi la racialisation se distingue d’autres processus de catégorisation qui aussi altérisent et minorisent, tels que la division entre nationaux et non-nationaux, entre majorité et minorités, etc. Pour cette distinction, il faut se référer à la définition de Robert Miles, sociologue britannique néo-marxiste de tendance économie politique[4], pour qui la racialisation renvoie,

« à ces instances où les relations sociales sont structurées par l’assignation d’un sens à des caractéristiques biologiques humaines de manière à définir et à construire des collectivités sociales différenciées. (…) Ainsi, le concept renvoie à un processus de catégorisation, un processus représentationnel qui définit un Autre, généralement mais non exclusivement, de façon somatique[5] ».

La théorisation de Miles, encore une référence aujourd’hui, est importante à maints égards, et s’appuie, il faut le dire, sur les travaux de Frantz Fanon et de Michael Banton[6]. On soulignera entre autres sa mise en relief de la variation historique des caractéristiques signifiées dans ce processus de catégorisation, lesquelles incluent aussi des caractéristiques biologiques non visibles, et du caractère dialectique du processus de signification en question : en racialisant l’autre à partir d’attributs réels ou imaginés, on définit aussi son propre groupe, ne serait-ce qu’implicitement. Néanmoins, elle a aussi une faiblesse qui tient à sa conception limitée du racisme comme opérant à partir d’attributs biologiques réels ou supposés, négligeant tout un pan du phénomène de racialisation qui implique des attributs linguistiques, religieux, bref culturels. Il en ressort un outil imprécis, sinon contradictoire, pour saisir les instances de racialisation culturelle à l’image de cette affirmation selon laquelle les musulmans peuvent être racialisés et que l’islamophobie interagit avec le racisme sans en être une forme[7].

D’autres définitions contournent cette tension entre biologique et culturel, marquant la littérature scientifique sur race et racisme, en évitant de nommer la nature des caractéristiques mobilisées dans le processus de racialisation. Au lieu de la contourner, nous préférons insister sur le fait qu’historiquement le racisme a toujours eu deux modes d’opération concomitants[8] : le naturalisme racial et l’historicisme racial[9]. Le premier repose sur l’idée qu’il existe naturellement des races humaines qui tiennent à des essences héréditairement transmissibles et que ces races sont inégales, bref l’idée d’une hiérarchie raciale enracinée dans la nature, donc indélébile et immuable, au sommet de laquelle se trouve naturellement la race blanche. Le second tient à l’idée de la hiérarchie des civilisations (inégalité des cultures) au sommet de laquelle se trouve la civilisation européenne laquelle sera justement construite comme blanche à travers le processus de racialisation de l’Autre non-européen.

Pour illustrer la concomitance de ces deux paradigmes en apparence paradoxaux – l’un ancré dans l’idée de l’immuabilité des différences raciales, et l’autre dans l’idée de l’assimilabilité (relative) des races inférieures, il suffit de regarder les discours et les pratiques qui ont justifié et réalisé le colonialisme esclavagiste européen. Le paradigme naturaliste a servi à expulser les Noirs de l’humanité et les transformer en marchandise, ainsi qu’à déposséder les Autochtones par exemple par le biais de la doctrine de la terra nullius décrétant leurs terres comme étant sans propriétaire. Le paradigme historiciste a également été fort utile à l’entreprise coloniale dans la mise sous tutelle des peuples colonisés considérés mineurs, restés à un stade inférieur du développement humain, et dans l’établissement des dispositifs d’annihilation de leur univers de sens dans toutes ses dimensions culturelles et sociales (linguistique, spirituel, savoirs, organisation sociale, mode de vie, etc.)[10].

Pour clore cet aperçu sur le concept de racialisation tel qu’articulé par des sociologues du champ des relations ethniques et de l’étude du racisme, il faut insister sur le fait que l’utilité du concept de racialisation réside dans sa mise en relief de la dimension dialectique, ainsi que de la pluralité des formes historiques du processus en jeu, qui en est un de signification altérisant et minorisant. Aussi convient-il de souligner deux points. Le premier tient à la nécessité de rendre compte des dimensions intersectionnelles de la racialisation. Ainsi, si les jeunes hommes noirs des quartiers défavorisés constituent le groupe le plus ciblé par les pratiques de profilage racial, cela émane de la force du stéréotype de « jeune homme noir des quartiers sensibles » comme délinquant et dangereux, qui est un stéréotype raciste infléchi simultanément par le genre (homme), l’âge (jeune) et la classe (quartier défavorisé). De même, la construction des femmes musulmanes portant le hijab comme des femmes soumises et des hommes musulmans comme des machos misogynes repose sur une racialisation spécifique, l’islamophobie, qui est infléchie par le genre.

Le second convie à jeter un regard (auto)critique sur le champ lui-même et sur la sociologie en générale. Le racisme de la sociologie ne doit pas être oublié quand on parle de la sociologie du racisme et des outils conceptuels qu’elle nous fournit, comme on peut le voir, entre autres, dans l’excellent ouvrage d’Aldon Morris[11] qui propose une étude minutieuse de l’étendue du racisme dont a été victime un « père fondateur » ignoré de la sociologie, W.E.B. Dubois, et comment Robert Park l’a sciemment marginalisé pour faire de l’École de Chicago la matrice de la sociologie moderne, y compris de la sociologie des relations ethniques et raciales.

[1] Le sociologue britannique Michael Banton est reconnu comme le premier à l’avoir utilisé dans un but scientifique. Banton, M. (1977). The Idea of Race. Londres: Tavistock. Les origines du terme se retracent cependant à la fin du 19e siècle dans la sphère politique où on dénonce la déracialisation, entendue comme la perte des qualités propres à la race, qui serait causée par la mixité, entre autres spatiale. Pour une généalogie du concept, voir Barot, R. et Bird, J. (2001). Racialization : the genealogy and critique of a concept, Ethnic and Racial Studies, 24(4), 601-618.

[2] Murji, K. et Solomos, J. (2005). Introduction. Dans K. Murji et J. Solomos (dir.), Racialization: Studies in Theory and Practice (1-28). Oxford: Oxford UP, pp.1-2.

[3] Lewis, G. et Phoenix, A. (2004) “Race”, “Ethnicity” and Identity. Dans K. Woodward (dir.), Questioning Identity. Londres: Routledge.

[4] Cette influence est manifeste dans la manière dont Miles articule le processus de racialisation aux rapports de classe quand il traite du racisme ciblant des segments immigrés de la classe ouvrière.

[5] Traduction libre des auteurs. Miles, op. cit., p. 75.

[6] Fanon, F. (1967). The Wretched of the Earth. Harmondsworth: Penguin. Banton, op. cit.

[7] Miles, R. et Brown, M. (2003). Racism. (2e éd.). New York: Routledge, pp. 163-4.

[8] Ce qui ne revient pas à dire que ces deux modes ont toujours participé à part égal aux différents processus de racialisation.

[9] Goldberg, D. T. (2002). The Racial State. Oxford: Blackwell.

[10] Les pensionnats « indiens » en sont une infâme manifestation. L’ubiquité du paradigme historiciste s’observe aussi dans les expressions comme « le fardeau de l’homme blanc » et « la mission civilisatrice » utilisées par les Européens pour parler de leur entreprise coloniale.

[11] Morris, A. (2015). The Scholar Denied: W.E.B. DuBois and the Birth of Modern Sociology. Berkeley: University of California Press.

 

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