Introduction

La perte de la mesure alimentaire à l’école, un enjeu de droits humains

Les critères dépassés du programme de mesure alimentaire du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur peuvent avoir des conséquences néfastes sur des élèves qui vivent dans un quartier qui se gentrifie, dans des conditions socio-économiques difficiles.

La perte de la mesure alimentaire à l’école, un enjeu de droits humains

Cette tribune permet d’aborder des sujets d’actualité qui sont en lien avec les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde.  Les carnets sont rédigés par des militant-e-s des droits humains et n’engagent que leurs auteurs et autrices. 


Notre système public d’éducation au Québec est malmené, et ça ne date pas d’hier. Une nouvelle loi qui abolit les commissions scolaires, passée sous bâillon, les pénuries du personnel enseignant et professionnel, le manque de services pour les élèves avec ou sans besoins particuliers, ces facteurs et tant d’autres peuvent miner la réussite scolaire d’un grand nombre d’élèves au Québec et créer de profondes inégalités sociales et économiques.

Dans ce premier carnet, nous laissons la parole à Simon Pellerin qui expose comment les critères dépassés du programme de mesure alimentaire du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur peuvent avoir des conséquences néfastes sur des élèves qui vivent dans un quartier qui se gentrifie, dans des conditions socio-économiques difficiles.

Un carnet rédigé par Simon Pellerin,
responsable de la cafétéria à l’École Marie-Rivier

Avec l’embourgeoisement du quartier Saint-Michel, dû à l’achat de maisons par des investisseurs privés près du parc Frédéric-Back récemment aménagé, l’indice de défavorisation de l’École Marie-Rivier a bondi de plus ou moins 7 à 22 en deux ans. L’indice de défavorisation des écoles est une mesure de la concentration géographique de la défavorisation qui sert à la mise en place de mesures et programmes d’aide. Ce bond fait perdre la mesure alimentaire du midi, un programme venant en aide aux familles au revenu modeste : elle offre un repas aux élèves admissibles et facilite l’accès au service de garde en abaissant son coût à 1$ par jour, lorsque l’indice de défavorisation d’une école ne dépasse pas 20.

Pourtant, je ne pense pas que tout le monde le sait, mais quand ton école se qualifie pour la mesure alimentaire, les ménages n’y ont pas droit automatiquement. Il faut fournir une preuve de revenu et avoir un revenu annuel net inférieur à un certain montant selon la taille de la famille.

En ce moment, 186 élèves qui profitent de ce service le perdraient à l’École Marie-Rivier. Plus de 8300 personnes sont en situation d’insécurité alimentaire en ce moment dans le quartier Saint-Michel, en plus du fait que le quart de la population à un accès nul ou négligeable à des légumes frais à distance de marche. On se retrouve ici dans un désert alimentaire, ce qui rend encore plus laborieux et problématique le fait de retirer un repas complet par jour aux élèves qui proviennent des familles les plus démunies de l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal.

Sur 64 880 ménages, 44 130 n’ont qu’une seule personne qui agit comme soutien financier. Les coûts de service de garde et de garderie pour les ménages qui ont plusieurs enfants peuvent inciter un parent à demeurer à domicile pour s’occuper des enfants. Or, la mesure alimentaire et le coût de service de garde réduit enlèvent un poids des épaules des ménages du quartier et peut inciter un parent à terminer un diplôme ou trouver une deuxième source de revenu. Si cet argument ne s’applique pas, bien sûr, au 40,3% de familles monoparentales du quartier Saint-Michel, ce qui est plus élevé de 7,8% que sur l’île de Montréal, la perte de la mesure alimentaire accentue plus encore les problèmes vécus par la population du quartier, un quartier où on constate par ailleurs des statistiques alarmantes quant à la persévérance scolaire. Puisque les gens ont besoin de revenus plus rapidement, les statistiques démontrent que plus d’une personne en âge de travailler sur quatre, dans le quartier, ne possède pas la scolarité minimale, c’est-à-dire l’équivalent d’un diplôme secondaire. C’est 8% plus élevé que la moyenne montréalaise.