Introduction

Évictions des résidences universitaires sans relocalisation : des milliers d’étudiant-e-s voient leur droit au logement bafoué 

En raison des mesures en place pour contenir la pandémie, des universités ferment leurs résidences universitaires ou invitent les étudiant-e-s locataires à retourner « chez eux ».

Évictions des résidences universitaires sans relocalisation : des milliers d’étudiant-e-s voient leur droit au logement bafoué 

Un carnet rédigé par Stéphanie Mayer, Ph.D. Chercheure postdoctorale à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et membre du Conseil d’administration de la LDL

Les consignes provinciales d’isolement concernant les milieux d’enseignement ont forcé les universités à suspendre les cours en présentiel jusqu’à la fin mars 2020. À ce contexte d’incertitudes pour la population étudiante s’ajoute ces jours-ci l’annonce de la fermeture de certaines résidences universitaires montréalaises, comme celles de l’Université de Montréal[1] et de l’Université Concordia[2]. L’Université McGill, quant à elle, incite fortement ses étudiant-e-s locataires à quitter les résidences. Ce sont donc des milliers d’étudiant-e-s qui se retrouveront sous peu sans logement.

De courts délais

Cette décision a eu raison d’alarmer les associations étudiantes, car elle crée un précédent important : les locataires des résidences étudiantes sont invité-e-s (lire contraint-e-s) à quitter leur lieu de logement rapidement et ce, sans que les universités ne leur proposent d’alternatives. Les délais varient entre les institutions, mais les étudiant-e-s doivent libérer les logements d’ici 48 ou 72 heures (le dimanche 22 mars pour les étudiant-e-s de l’Université Concordia). Si le contexte d’urgence sanitaire peut sembler une raison adéquate pour agir ainsi, cela soulève plusieurs préoccupations en matière de droits, surtout dans le contexte où les administrations universitaires n’ont pas annoncé de mesure claire pour relocaliser les étudiant-e-s visé-e-s.

Dans leurs communiqués, les administrations universitaires ont laissé savoir que les étudiant-e-s qui n’étaient pas en « mesure de rentrer chez eux » pouvaient être pris-e-s en charge, ce qui n’a rien de très précis. Par exemple, les étudiant-e-s de l’Université Concordia devant une telle situation sont invité-e-s à écrire un courriel pour que leur cas soit évalué et une réponse suivra dans les 24 heures. Procéder à l’éviction extrêmement rapide de milliers d’étudiant-e-s sans leur offrir une solution de recharge en matière de logement bafoue leur droit au logement.

Rappelons que le droit au logement de ces étudiant-e-s est reconnu et protégé par l’article 1979 du Code civil du Québec, portant sur les baux dans les institutions d’enseignement, en partie par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ainsi que par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Plusieurs enjeux

Hormis cette situation complexe, il me semble nécessaire d’attirer l’attention sur des enjeux corollaires. Le sous-entendu de cette décision est que les étudiant-e-s doivent « rentrer chez eux » (chez leur parent?), en présupposant qu’ils et elles ont ailleurs où aller. Sur quelle base considérer que ces étudiant-e-s ont effectivement une autre place où aller? De plus, quitter aussi rapidement son lieu de résidence exige d’avoir à disposition un transport (ex. un parent se déplaçant), d’avoir un lieu pour entreposer éventuellement ses effets personnels (la session n’est pas terminée) ou d’avoir suffisamment d’argent pour prendre un transport en collectif (ex. autobus, train, avion) permettant de quitter la ville, voire le pays.En somme, la fermeture pour une période indéterminée des résidences étudiantes a de quoi laisser perplexe. Les administrations universitaires y vont chacune de leurs invitations moralisatrices à la solidarité à l’égard d’autrui afin d’éviter la précarité physique, émotionnelle et psychologique. Or, devoir quitter son lieu de résidence dans un tel contexte a tout pour contribuer à plus d’incertitude, d’anxiété et de précarité parmi la population étudiante.


[1] Marc Boulanger. « Les résidents de l’UdeM ont trois jours pour quitter leur logement », Quartier libre, 19 mars 2020. En ligne : http://quartierlibre.ca/les-residents-de-ludem-ont-trois-jours-pour-quitter-leur-logement

[2] Marc Boulanger. « Des étudiants en résidence appelés à quitter leur logement en urgence », Quartier libre, 19 mars 2020. En ligne : http://quartierlibre.ca/des-etudiants-en-residence-appeles-a-quitter-leur-logement-en-urgence/


Cette tribune permet d’aborder des sujets d’actualité qui sont en lien avec les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde. Les carnets sont rédigés par des militant-e-s des droits humains et n’engagent que leurs auteurs et autrices.