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Suprématie blanche ou domination blanche

24 mars 2019

Idéologie fondée sur un système complexe de croyances sous-entendant la suprématie des valeurs culturelles et des normes des peuples d’origine européenne par rapport aux autres groupes humains. La suprématie blanche s’enracine dans l’histoire (pensons à la colonisation et à l’impérialisme) … Lire la suite

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Racisme anti-blanc

23 mars 2019

Le racisme anti-blanc toucherait spécifiquement les personnes blanches. Les insultes et les préjugés raciaux des personnes faisant partie de groupes minoritaires peuvent évidemment être blessants, voire violents, mais ils ne sont pas historiquement chargés et n’émanent pas d’un système. Il … Lire la suite

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Capacitisme et handicap – discrimination systémique

17 décembre 2018

 

Revue Droits et libertés, Vol. 37, numéro 2, automne 2018

 

Linda Gauthier, présidente
Regroupement activistes pour l’inclusion Québec

 

Depuis quelques années, nous entendons très souvent parler de discrimination systémique qu’on associe presque automatiquement au racisme, ainsi qu’aux personnes autochtones. Il n’y a aucun doute sur l’existence de cette discrimination.

Mais on oublie trop souvent la discrimination systémique fondée sur le motif du handicap. Les personnes en situation de handicap la vivent au quotidien.

Pour la contrer la discrimination – qu’elle soit systémique, directe ou indirecte – il faut la dénoncer!

 Voici un texte à peine romancé afin d’illustrer la discrimination systémique pour motif de handicap.

Prenons une journée typique dans la vie d’une jeune femme début trentaine. Nous l’appellerons Annie.

***

Elle se déplace en fauteuil roulant motorisé, conséquence d’une maladie dégénérative, la sclérose en plaques. Annie est en recherche d’emploi. Elle est détentrice d’une maîtrise en résolution de conflits. La boîte où elle travaillait est déménagée à Toronto.

Ce matin, elle a rendez-vous au siège social d’une grande institution financière. Elle monte à bord du minibus du transport adapté qu’elle n’apprécie pas particulièrement, mais le réseau de métro de Montréal ne compte que quatorze stations accessibles par ascenseur sur soixante-huit et celles qui le sont ne l’accommoderaient pas.

Elle utilise également les bus réguliers, lesquels lui permettent d’être plus spontanée dans ses déplacements, contrairement au transport adapté qu’il lui faut réserver au moins vingt-quatre heures à l’avance. Mais, comme elle a un rendez-vous important et ne veut pas risquer d’être en retard en tombant sur un bus dont la rampe d’accès ne serait pas fonctionnelle, ce qui arrive beaucoup trop souvent, elle a choisi le moyen le plus sûr.

Elle arrive même une dizaine de minutes à l’avance. Elle veut en profiter pour aller aux toilettes et demande à la réceptionniste de lui indiquer où elles se trouvent. La dame lui remet une clé en lui disant d’aller au 3e étage, car sur celui-ci, il n’y a pas de toilette handicapés pour utiliser ses propres termes. Annie craint de manquer de temps. Elle ira après son entrevue, décide-t-elle. Elle est confiante, car elle est en possession de ses moyens et consciente de ses compétences. Dans la salle d’attente, elle se prend à rêver qu’elle travaille déjà pour cette grande institution. Puis, l’adjointe du directeur vient lui demander de la suivre. C’est son tour.

Annie n’oubliera jamais le regard de cet homme et la déception sur son visage. Il avait même de la difficulté à tenter de formuler une excuse intelligente, un mensonge pertinent.

« Euh, eh bien, euh assoyez-vous, euh pardonnez-moi, vous êtes déjà assise…J’ai regardé votre curriculum vitae et il est très impressionnant. Nous regarderons cela de plus près et vous en donnerons des nouvelles d’ici la fin de la semaine. Ça vous va? Vous savez, il y a plusieurs personnes ayant appliqué sur ce poste et…on vous appelle Mademoiselle, on vous appelle… »

L’homme était visiblement très mal à l’aise.

De retour chez elle, elle avait déjà un message sur sa boîte vocale : « Mademoiselle…, nous avons apprécié votre CV; il est vraiment impressionnant pour une… je veux dire pour une…euh…personne comme vous…euh, dans votre situation…Toutefois, une des candidates avait plus d’expérience que vous… Nous sommes désolés… Bonne chance dans votre recherche d’emploi. »

 Annie sait bien qu’elle est victime de discrimination et qu’on ne l’a pas embauchée parce qu’elle est handicapée et que ça fait peur à bien des employeurs, mais comment peut-elle le prouver?

Cette déception la ramène brutalement il y a dix ans, alors qu’elle se cherchait un appartement. Les innombrables visites qu’elle a dû faire pour dénicher son petit coin douillet! Elle avait beau avoir un bon salaire, d’excellentes références, tout ce que voyaient ses éventuels locateurs, c’était son fauteuil et les marques qu’elle laisserait sur les murs, et, alimentée par les stéréotypes liés aux personnes handicapées, la crainte qu’ils ne soient pas payés chaque mois…

Elle se souvient d’avoir téléphoné avant d’y aller et qu’on lui ait répondu que le logement était toujours libre. Pourtant, par pure coïncidence, lorsqu’elle se présentait, « le-logement-venait-tout-juste-d’être-loué-par-une-dame-qui-est-venue-le-visiter-au-tout-début »…

 Elle avait fini par trouver l’appartement où elle vivait actuellement et elle se répétait souvent que ça avait valu la peine de vivre chacune de ces mésaventures…

On aurait envie de lui crier que ce ne sont pas des mésaventures. On voudrait qu’elle comprenne que c’est grave ce qu’on lui a fait subir et que ce qu’elle appelle des mésaventures est en fait de la discrimination systémique, rien de moins.

Annie ne semble pas encore trop dérangée par toutes ces barrières rencontrées tant en emploi que dans la recherche de logement. Elle est consciente que c’est peut-être plus long pour les personnes en situation de handicap que pour quelqu’un n’ayant aucune limitation.

***

Depuis quelques semaines, Annie voit un garçon qu’elle a rencontré au supermarché. Il voulait l’aider à mettre ses articles sur le tapis roulant de la caisse et elle a accepté. Ils avaient échangé quelques mots et il lui a demandé son numéro de téléphone.

Ce qui avait particulièrement séduit Annie est que Raphaël ne lui avait même pas demandé pourquoi elle était en fauteuil roulant…

Lors de leur premier rendez-vous, elle le lui a dit et il l’a séduite à nouveau lorsqu’elle a constaté qu’il ne prenait pas ses jambes à son cou lorsqu’elle a prononcé « sclérose en plaques ».

Ce soir, lorsqu’il arrive chez elle, il est tout enthousiaste de lui annoncer qu’ils sont invités au mariage de sa cousine, « … et ce sera un gros mariage, ajoute-t-il, du côté de ma mère, ils font toujours les choses en grand. »

Annie demande à quel endroit auront lieu la cérémonie et la réception. Raphaël s’empresse de lui répondre que c’est dans une église du boulevard Saint-Joseph sur le Plateau Mont-Royal et que la réception se fait dans un hôtel du Vieux-Montréal.

 

Annie est tout à coup inquiète et, comme toutes les fois où elle va dans un nouvel endroit, elle consulte Google maps. Sa recherche lui dit qu’il y a deux églises sur le boulevard Saint-Joseph. Elle téléphone à chacune. Résultats : l’une est accessible et l’autre pas. Elle souhaite ardemment que le mariage de la cousine de Raphaël soit célébré à celle qui est accessible. Elle demande donc à son copain d’apporter le faire-part pour vérification.

Deux jours plus tard, elle a les yeux pleins de larmes en lisant que le mariage aura lieu dans l’église Saint-Stanislas-de-Kostka et de surcroît, la réception dans la salle Le Grenier de l’Auberge du Vieux Saint-Gabriel, seule salle inaccessible de l’immeuble. Elle souhaiterait tellement y aller. Elle ne voudrait pas montrer à son amoureux toutes les barrières auxquelles elle doit faire face, du moins pas tout de suite.

Elle se dit que jusque-là, avec lui, elle a vécu sur du temps emprunté et que dès qu’elle le confrontera à ces multiples obstacles qui font partie de son quotidien, il voudra mettre fin à leur relation. Annie est amoureuse et c’est maintenant qu’elle se rend compte de toute cette discrimination systémique vécue par les personnes en situation de handicap.

D’un côté, elle veut y aller en passant un bon moment avec Raphaël, mais en revanche, elle devra se laisser porter en haut des marches, dans son fauteuil, par plusieurs personnes. Même chose pour la salle de réception. Sa dignité en prendra pour son rhume. Oui, elle plaira à Raphaël, mais il verra alors l’ampleur de ses limitations. Voudra-t-il continuer?

De l’autre côté, si elle n’y va pas et lui explique pourquoi, il constatera presque autant ses limitations et il voudra peut-être tout arrêter maintenant, avant de trop s’engager, avant que le handicap d’Annie ne devienne celui de Raphaël…

Un peu d’histoire

 Un des grands facteurs responsables de cette inaccessibilité architecturale, qui est par ailleurs la même un peu partout dans le monde, origine des préjugés profonds que la société a toujours eus envers les personnes handicapées.

Dans l’Antiquité[1], les personnes handicapées étaient totalement exclues de la société. Considérées comme impures ou victimes d’une malédiction divine, certaines étaient tuées dès la naissance, ou utilisées par des mendiant-e-s qui accentuaient le handicap pour mieux attirer la compassion.

Au Moyen-Âge, dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France, on laissait mendier les personnes handicapées qu’on nommait affectueusement « les infirmes » ou « les invalides ».

Le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, prône la raison, la science et le respect de l’humanité.

À partir du XIXe siècle, les lois concernant le handicap bougent, et des associations sont créées.

Dans les années qui vont suivre, plusieurs lois seront également votées dont la Loi d’assistance aux vieillards, infirmes et incurables en 1905[2] (quelle horreur !) Mais le premier grand dispositif législatif sur le handicap en France date de 1975 avec la Loi d’orientation en faveur des personnes handicapées.

 La Loi 87-517 du 10 juillet 1987 vient compléter la précédente en instaurant l’obligation d’emploi des travailleuses et travailleurs handicapés, mutilés de guerre et assimilés. Un taux légal d’emploi de 6% est imposé.

La Loi 2005-102 du 11 février 2005 fait ensuite son apparition en France. D’envergure nationale, cette loi vise à améliorer la prise en charge du handicap, entre autres, en rendant tous les édifices ouverts au public accessibles aux personnes handicapées.

Au Québec

L’après-guerre de 1939-1945 et le retour des vétéran-e-s entraîneront la construction de nombreuses institutions[3] où vivront les personnes handicapées. On retrouvera une chronologie assez impressionnante de l’histoire québécoise du handicap dans le documentaire produit par l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ), La Grande sortie[4]

Le Québec s’éveille lentement, très lentement, à la réalité des personnes handicapées. Le 23 juin 1978, sur proposition du ministre des Affaires sociales de l’époque, Denis Lazure, le gouvernement de René Lévesque adopte la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration sociale, scolaire et professionnelle.

 C’est par cette loi qu’est mis en place l’OPHQ, organe qui devra veiller à élaborer un plan d’action pour améliorer la qualité de vie des personnes handicapées. Quarante ans plus tard, cette instance, existe toujours.

Conclusion

À lire ce qui précède et à constater les grands moments de l’histoire, tout s’est décidé, tout s’est construit sans nous; il nous faut maintenant une réforme solide, une loi coercitive d’accessibilité universelle.

Il faut plus que jamais que notre quête pour l’éradication de cette exclusion sociale qu’est la discrimination fondée sur le handicap, quel qu’il soit, mène enfin à cette loi coercitive sur l’accessibilité universelle au Québec.

Maintenant que nous avons transformé nos habits d’infirmes pour ceux de personnes en situation de handicap, et même si cette transformation n’est pas toujours complètement intégrée, nous faisons partie de toutes les sphères de la société.

Nous sommes d’avis que :

Il est temps pour nous d’être reconnus et traités comme des citoyens de première classe, à part entière et où il n’y a pas de place pour la discrimination systémique, quel que soit le motif.

Il est temps d’écrire Notre Histoire.

[1] Collectif,  Histoire du handicap, publié en 2013, https://informations.handicap.fr/art-histoire-874-6026.php , consulté en ligne 31 octobre 2018.

[2] Loi d’assistance aux vieillards, infirmes et incurables de 1905 : www.numdam.org/article/JSFS_1911__52__216_0.pdfAu

[3] https://www.erudit.org/fr/revues/lsp/2003-n50-lsp698/008285ar.pdf

[4] https://www.youtube.com/watch?v=nmzkNWxErqY

 

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Publié dans Revue LDL

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