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Témoignage – J’ai rapidement perdu confiance dans le BEI

Témoignage – J’ai rapidement perdu confiance dans le BEI

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Un témoignage de Tracy Wing

J’ai rapidement perdu confiance dans le Bureau des enquêtes indépendantes

Je m’appelle Tracy Wing. Je suis la mère de Riley Fairholm, un adolescent en crise qui a fait un appel à l’aide. Le 25 juillet 2018, à 1 h 44, Riley a été abattu à Lac-Brome d’une balle à la tête tirée par un policier de la Sûreté du Québec (SQ) dont le nom m’est inconnu à ce jour. Il était à 32 mètres de Riley, barricadé derrière sa voiture.
L’intervention a duré seulement 61 secondes.

Je suis arrivée par hasard à 1 h 56 sur le lieu de l’intervention. Lorsque je me suis dirigée vers la victime, j’ai été interceptée par une policière qui m’a demandé si nous pouvions nous asseoir dans ma voiture. Je lui dis alors que je pense que c’est mon fils Riley. Je lui demande s’il s’est lancé devant une voiture. Elle m’a questionné, interrogé et je lui ai raconté ma vie et celle de Riley. Je lui ai donné une lettre qu’il m’avait laissée dans la soirée. Elle m’a répondu qu’elle ne peut confirmer si c’est mon fils et que si c’était lui je ne voudrais pas le voir comme ça.

À 3 h 05 nous sommes à l’hôpital, le père de Riley et moi, lorsque le docteur nous dit que c’est notre fils, qu’il est mort et que c’est impossible de le voir parce que la police est là. Une trentaine de minutes plus tard, une policière de la SQ m’informe que mon fils est décédé à la suite d’une intervention policière. Pendant une heure et demie, son père et moi avons cru que Riley était mort par suicide et non par homicide.

Les enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) se sont rendus chez moi vers 7 heures du matin le25 juillet 2018. Lorsqu’ils sont partis, je pensais que tout allait se dérouler dans l’ordre. Ils m’ont dit que le BEI est une nouvelle organisation, qu’ils sont indépendants de la police et qu’ils allaient enquêter avec rigueur, impartialité et transparence.

Dans les jours suivants, j’ai commencé à perdre confiance dans le BEI. J’ai appris que les enquêteurs ne cherchaient pas activement des témoins civils. Ils mettaient simplement des cartes professionnelles dans des boîtes aux lettres sans faire de suivi. J’ai moi-même du faire des démarches pour les mettre en contact avec des témoins. Ils ont quand même attendu trois mois avant de rencontrer la première répondante qui était sur les lieux de l’événement.

J’ai également appris que toutes les informations que le BEI reçoit proviennent du corps de police impliqué. Par exemple, un communiqué du BEI dit ceci au sujet du décès de mon fils : « Un des policiers tire et atteint le civil. Des manoeuvres de réanimation sont aussitôt effectuées sur lui. » Pourtant, le médecin responsable à l’hôpital, la première répondante et même des agents du BEI m’ont confirmé qu’il n’y a eu aucune manoeuvre de réanimation cardiorespiratoire. Ça veut dire qu’il n’y avait aucune possibilité que mon fils soit un candidat au don d’organes. Je le sais, car je suis moi-même première répondante. Comment voulez-vous qu’on fasse confiance au BEI quand ils disent de tels mensonges?

Un mois après le décès de mon fils, j’ai écrit une lettre au BEI avec 41 questions sur le déroulement de l’intervention policière. J’ai obtenu très peu de réponses. J’ai ensuite effectué toutes les démarches qui me sont accordées par la loi. J’ai fait des demandes d’accès à l’information et des plaintes en déontologie policière.

Lorsqu’une personne est tuée par la police au Québec, les informations communiquées à la famille et au public sont très minimes. Il faut se battre pour avoir des réponses à nos questions et connaître la vérité. C’est grâce au soutien
d’organisations comme la Coalition contre la répression et les abus policiers et la Ligue des droits et libertés que j’ai pu faire toutes ces démarches.

Je pense qu’il faut rapidement faire une grande réforme du BEI, parce qu’il y a beaucoup à changer pour que les familles aient confiance dans ses enquêtes et obtiennent justice.

 

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Pour en savoir plus sur le BEI,
consultez notre rapport.

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