Introduction

Intersectionnalité

Intersectionnalité

Outil pour analyser la manière dont les différents systèmes d’oppression s’articulent et se renforcent mutuellement.

L’intersectionnalité selon Kimberlé Crenshaw

En 1989, Kimberlé Crenshaw, inspirée par une longue tradition féministe afro-américaine, s’intéresse à comment la lutte des femmes afro-américaines les place dans une position spécifique : les personnes noires sont invisibles dans les enjeux féministes et les femmes sont invisibles dans les mouvements d’égalité raciale.  L’intersectionnalité est une critique de l’homogénéisation de certaines catégories et de la tendance à uniformiser les expériences vécues : toutes les femmes ne sont pas « Blanches » et tous les « Noirs » ne sont pas des hommes.

Rejet de la hiérarchisation des systèmes d’oppression

Par ailleurs, l’intersectionnalité affirme qu’il n’est pas possible de discuter de privilège et d’oppression sans prendre en compte tous les aspects (classe, genre, handicap, âge, origine ethnique, orientation sexuelle, etc.) qui constituent l’identité des personnes. En effet, leur vie est façonnée par l’interaction de plusieurs dynamiques. Le concept d’intersectionnalité rejette la hiérarchisation des systèmes d’oppression : cloisonnement des luttes contre les différentes formes d’oppression peut conduire à renforcer ces mêmes systèmes.

Un exemple concret : la lutte pour l’avortement

Pour comprendre l’application du concept d’intersectionnalité, la lutte pour l’avortement s’avère être un bon exemple. Cette lutte pour le droit de choisir ou non d’avoir des enfants est emblématique du mouvement féministe dit majoritaire. Dans les années 1990, des féministes racisées et autochtones imposent le concept de justice reproductive. Elles affirment que, pour plusieurs femmes non-Blanches considérées comme indignes d’être mères et dangereuses car capables de perpétuer leur « race », c’est la stérilisation et la contraception forcée qui est un enjeu prioritaire, non le droit à l’avortement. Les revendications des mouvements pro-choix n’intégraient pas les expériences de certaines femmes; des femmes racisées et autochtones ont donc développé un nouveau cadre de revendications[1] où l’interaction de diverses oppressions est prise en compte.

Extrait de l’article d’Alexandra Pierre, Militante féminisme et membre du c.a. de la LDL

Revue Droits et libertés, Vol. 35, numéro 2, automne 2016

[1] Fédération du Québec pour le planning des naissances (2014). « La justice reproductive ou l’application du prisme de la justice sociale à la santé et aux droits sexuels, reproductifs et maternels http://www.fqpn.qc.ca/main/wp-content/uploads/2014/03/PDF_FR_COULEUR.pdf