Table des matières
Nous vous invitons à consulter le rapport d’activités de la Ligue des droits et libertés pour l’année 2024-2025 pour en connaître davantage sur les actions menées.
- Mot du conseil d’administration
- À propos de la Ligue des droits et libertés
- Réalisation des priorités 2025-2026
- Consolidation et rayonnement de la LDL
- Ligue des droits et libertés – section de Québec
- Liste des communiqués, interventions publiques, etc.
La Ligue des droits et libertés : défendre les droits dans un monde marqué par les reculs
Mot du conseil d’administration
Les derniers mois nous obligent à nous questionner profondément sur la portée politique du langage des droits humains. L’impuissance paraît de plus en plus grande et les droits humains semblent un concept de plus en plus vain. Si on ne remet pas en question le besoin de lutter pour un monde plus juste, le doute quant à notre pouvoir collectif de changer les choses s’accentue. Ce doute est multiple : doute éthique sur la bonne action, sur les mots à employer, sur les personnes à qui se confier. Peut-on s’en débarrasser?
Nous croyons que non. Il faut plutôt plonger dans ce doute pour continuer à lutter, et à lutter ensemble. Garder espoir grâce au doute, plutôt que malgré lui. Douter n’est pas un défaut, mais une condition de la lutte : il impose un refus de la certitude, ouvre un espace d’écoute et soutient les dialogues qui rendent la démocratie possible. Refuser le doute, c’est risquer de se ranger du côté de celleux qui prétendent savoir à tout prix. Dans un monde où les certitudes se durcissent, il devient urgent de continuer à douter, non pas du besoin de lutter pour le respect de la dignité humaine, mais des moyens employés pour faire changer les choses.
Douter, aujourd’hui, c’est aussi déplacer l’objet de notre réflexion : non plus seulement nos stratégies, mais le langage dans lequel nous formulons nos luttes. Douter, par exemple, de la pertinence du régime des droits humains, non pour le rejeter, mais pour en éprouver les limites. Les droits humains sont à la fois un idéal politique et une pratique prétendant à l’universalité tout en étant inscrits dans des cadres situés. Face à des injustices persistantes, à quoi sert-il encore de lutter en leur nom? Leur évocation semble parfois s’épuiser, et leur capacité à transformer le réel demeure incertaine dans un monde sculpté par des rapports de force.
Peut-on encore évoquer les droits humains comme horizon commun, ou assistons-nous à une inflation de leur usage qui en fragilise la portée? Toutes les injustices relèvent-elles de ce langage ou certaines doivent-elles être pensées autrement, notamment en termes de justice sociale ou de structures démocratiques? La dénonciation des violations demeure nécessaire, mais elle ne suffit pas à engager une responsabilité effective des États, des entreprises et des individus.
Lorsque nous dénonçons une violation de droits humains, nous évoquons à la fois un cadre juridique et une exigence morale : celle de la dignité intrinsèque de chaque être humain. C’est dans cet écart que le doute s’installe. Nos doutes portent moins sur les droits eux-mêmes que sur la manière de les mobiliser, de formuler des revendications qui transforment réellement les rapports sociaux, dans un monde profondément inégal. C’est pourquoi il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas égaux·les face à ces réalités : la possibilité du doute lui-même n’est pas également distribuée. Celleux qui luttent au prix de leur vie ne peuvent se permettre ce luxe.
C’est pourquoi celleux qui disposent de ce temps ont la responsabilité de douter : pour ne pas parler à la place des autres, pour ne pas refermer trop vite ce qui doit rester ouvert. Il s’agit d’habiter le doute, non pour suspendre l’action, mais pour la rendre plus juste et responsable.
C’est la voie qu’a choisie la Ligue des droits et libertés depuis sa création: se mettre au service des luttes tout en provoquant des réflexions collectives sur ce qu’elle fait et comment elle le fait. Si les droits humains doivent encore signifier quelque chose, ce n’est peut-être pas dans la certitude de leur langage, mais dans un usage toujours situé, imparfait et ouvert à la remise en question. Douter ne serait alors ni un luxe ni un frein, mais une manière de rester solidaires et de maintenir vivante l’exigence d’un égal respect des droits humains pour toustes.
Alexandre Petitclerc, président
pour le conseil d’administration
