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Droits et libertés, Printemps / Été 2026
Face à la montée de l’autoritarisme et de l’extrême droite – Les droits humains entre nos mains
Laurence Guénette, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés
Ces dernières années, nous assistons à une augmentation de l’intolérance, de la haine, de l’autoritarisme et de la violence à travers le monde, alimentée par la montée en puissance des mouvements d’extrême droite – tant au sein des gouvernements qu’en dehors. Cela se constate des États-Unis jusqu’au Royaume-Uni, où la répression des mouvements sociaux et la violence envers les migrant·es atteignent des sommets inouïs, en passant par les soulèvements populaires fortement matés par les autorités à Madagascar, au Pérou, au Kenya, au Maroc, en Turquie, au Népal et ailleurs. Au cœur de cette époque sombre, le génocide du peuple palestinien, commis par Israël au vu et au su de tous·tes, peine à être reconnu tant la faillite du droit international semble totale, tout comme le mépris envers lui. Au moment de déterminer le thème de ce dossier, les attaques illégales des États-Unis et d’Israël sur l’Iran et le Liban n’étaient même pas encore commencées.
Le néolibéralisme a malheureusement produit les conséquences que ses opposant·es ont prédites et combattues, notamment la croissance des inégalités, qui nourrit le terreau dont profitent la droite radicale et l’extrême droite. Plusieurs des avancées progressistes (écologistes, féministes, pour la diversité de genre, antiracistes, etc.) obtenues malgré tout ces dernières années, provoquent une réaction de leur part d’une ampleur que peu avaient imaginée, cela dans un monde où la polycrise est installée. Les personnes les plus vulnérables ou marginalisées sont les premières à en subir les conséquences.
Affronter le vent de face
Comment donc défendre les droits humains quand tout semble s’effondrer ? Cette grande question, qui nous occupait au moment de choisir le thème de ce dossier, n’a fait que gagner en pertinence depuis. Dans le contexte des turbulences idéologiques et politiques actuelles, de nombreux·ses citoyen·nes et groupes sociaux sont indigné·es, déstabilisé·es et, souvent, découragé·es. Réfléchir ensemble est une exigence de lucidité dont on ne peut faire l’économie en ce moment. Ce dossier, nous l’espérons, alimentera les réflexions qui s’imposent en cette période si particulière. Les textes réunis ici parlent du passé, du présent et de l’avenir ; du local et de l’international ; du droit, du politique et de l’instrumentalisation des droits ; des défis auxquels nous sommes confronté·es, des pistes de solutions et des espoirs qui nous motivent à affronter malgré tout ce vent de face, chaque jour.
Commençant par des regards croisés sur la conjoncture ici, chez nous, un texte de Jean-Pierre Couture rappelle certaines racines historiques du nationalisme identitaire observable actuellement au Québec, où d’importants acquis sont remis en question au « nom de la nation ». Puis, la plume de Louis-Philippe Lampron nous permet d’explorer les failles constitutionnelles et légales utilisées par le gouvernement du Québec pour porter atteinte aux droits, et les pistes dont doit tenir compte la société civile pour y résister et « renforcer nos digues collectives ». L’article que je propose s’intéresse pour sa part à l’instrumentalisation et à la disqualification des droits et libertés dans certains discours contemporains.
Revenant sur la décision historique rendue par la Cour suprême du Canada concernant l’accès des familles demandeuses d’asile aux garderies subventionnées, Maryse Poisson et Louis-Philippe Jannard montrent que la voie judiciaire peut mener à de belles victoires. La juriste Karine Millaire met aussi en lumière un levier puissant : le recours à des rapporteur·euses spéciaux·ales des Nations unies dans la défense des droits, comme l’illustre la lutte contre le projet de loi 1 sur une constitution québécoise.
Si le système du droit international offre des recours, parmi d’autres outils importants, il présente aussi des lacunes fondamentales dont profitent encore aujourd’hui les grandes puissances l’ayant forgé, le génocide à Gaza en étant une des plus tragiques conséquences. La juriste de renom Monique Chemillier-Gendreau nous en parle dans une entrevue réalisée par Mouloud Idir. Au sujet du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien – devenu l’un des mouvements sociaux les plus ciblés par l’appareil répressif de l’État canadien (et d’autres États) ces dernières années –, Safa Chebbi revient sur un rapport d’une importance majeure rendu public par Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient. Les constats qu’on y trouve font écho à la surveillance et à la militarisation croissantes au Canada, et à leurs graves conséquences pour les droits et libertés. Tim McSorley aborde ce sujet en proposant quelques priorités d’action pour contrer ces dérives.
Chez nos voisins étatsuniens, le mot « dérives » semble faible pour décrire le basculement autoritaire accéléré dont témoigne Vince Warren, directeur du Center for Constitutional Rights, dans un texte où il traite aussi du pouvoir du peuple et des leviers incontournables que sont les mouvements sociaux et les organismes de défense des droits dans la résistance.
Solidarités et inspirations
L’impérialisme américain ne semblant plus avoir de limites, Amélie Nguyen, dans son article, réfléchit à notre interdépendance et à la façon dont la solidarité internationale nous aide à comprendre les fondements oppressifs sur lesquels repose l’extrême droite. Lorsque les États faillissent à leurs obligations, des citoyen·nes s’en chargent. Diane Lamoureux met en lumière des initiatives de résistance concrètes portées par la société civile pour protéger les réfugié·es en Méditerranée. Louis-Philippe Jannard présente une entrevue avec Wendy Ayotte du groupe Créons des ponts/Bridges not Borders, qui agit depuis la base en solidarité avec les demandeurs·euses d’asile tentant de franchir les nombreuses frontières (terrestres et légales) séparant les États-Unis du Canada, au chemin Roxham notamment. Comme d’autres, ce groupe est confronté à la désinformation omniprésente. Afin d’aider organismes et militant·es à mieux la contrer, Sarah Dubuc, Élodie Fournier et Christiane Forget, conscientes que la mobilisation solidaire doit être renforcée plus que jamais, proposent quelques bonnes pratiques.
Pour clore le dossier, un article-hommage à l’inoubliable Céline Bellot, rédigé par Jacinthe Poisson, permet de comprendre l’expérience de l’Observatoire des profilages et la portée de son approche multidisciplinaire. Les perspectives intersectionnelles, l’enjeu de l’interdépendance des droits et la nécessaire convergence des luttes sont aussi au cœur de la conversation qu’ont eue pour nous Véronique Laflamme du FRAPRU, Bertrand Guibord du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN et Jess Legault de la Fédération du Québec pour le planning des naissances. Stéphanie Mayer nous en restitue non seulement les constats éclairants, mais aussi l’énergie contagieuse invitant à se dépasser.
En plus du dossier, nous vous invitons à lire l’éditorial et nos chroniques, qui traitent de la normalisation de l’exclusion scolaire au Québec, du mouvement d’opposition au projet minier La Loutre, de la guerre au Soudan et du livre Le fascisme tranquille de Jonathan Durand Folco.
Chèr·es lecteur·rices, vous ne trouverez personne dans ces articles qui baisse les bras ou jette l’éponge face aux offensives antidémocratiques en cours. Même si tout est bouleversé, les droits et libertés demeurent d’actualité pour cheminer vers la solidarité entre les communautés et la dignité pour tous·tes.
