Enlèvement et torture de Canadien·nes par Israël et génocide en Palestine – Le Canada doit imposer des sanctions maintenant

À la suite de l’enlèvement et de la torture de Canadien·nes par Israël et au sujet du génocide en Palestine, la Ligue et la FIDH écrivent au premier ministre du Canada pour lui demander d’imposer des sanctions à l’encontre d’Israël maintenant

Consulter la version PDF de la lettre envoyée le 2 juin

Montréal et Paris, le 2 juin 2026

Le très honorable Mark Carney, C.P., député
Premier Ministre du Canada
Cabinet du premier ministre
80, rue Wellington
Ottawa (Ontario) K1A 0A2

L’honorable Anita Anand, C.P., députée
Ministre des Affaires étrangères
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6

OBJET : Enlèvement et torture de Canadien·nes par Israël et génocide en Palestine – Le Canada doit imposer des sanctions maintenant

Monsieur le Premier ministre,
Madame la ministre,

La présente correspondance vous est transmise par la Ligue des droits et libertés, une organisation de défense des droits humains basée au Québec, et par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), une ONG internationale regroupant près de 200 organisations nationales de défense des droits humains provenant de 115 pays. Il s’agit de la troisième correspondance conjointe adressée au gouvernement du Canada depuis 2023, l’exhortant à agir en cohérence avec ses obligations en droit international dans le but de mettre fin au génocide du peuple palestinien et d’assurer la pleine réalisation de son droit à l’autodétermination, sans ingérence externe.

À deux reprises, le 29-30 avril et le 18-19 mai 2026, les forces armées israéliennes ont pris d’assaut plus de 70 bateaux des missions maritimes civiles et non-violentes Global Sumud Flotilla et Freedom Flotilla Coalition dans les eaux internationales, procédant à l’enlèvement de plus de 600 participant·es issues de plus de 40 pays, dont le Canada. Cette mission civile visait à briser le siège illégal de la bande de Gaza imposé par Israël et à ouvrir un corridor humanitaire permanent par la mer.  Force est de constater que la nécessité de cette action civile internationale découle du maintien, par de nombreux États, et parmi eux, le Canada, de liens de complicité avec les crimes commis par Israël contre le peuple palestinien, mais également contre d’autres peuples de la région, dont le peuple libanais. Face à l’aggravation particulièrement préoccupante des violences des colons en Cisjordanie, face au génocide du peuple palestinien à Gaza, les États ne prennent pas les mesures que la situation, aussi urgente que dramatique, impose.

Aux deux occasions susmentionnées, les forces armées israéliennes ont exécuté une opération militaire coordonnée contre des bateaux humanitaires civils, dans les eaux internationales de la mer Méditerranée, sur la base de la seule décision de leur gouvernement. Cela constitue des actes de piraterie et de violations graves du droit international, notamment de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et des Conventions de Genève. Israël a délibérément mis en danger la vie des Canadien·nes et de centaines de participant·es de la flottille en brouillant les communications, en endommageant des navires et en enlevant les participant·es par la force à bord d’un « bateau prison ».

Les témoignages de centaines de participant·es aux flottilles, et parmis eux, les témoignages de Canadien·nes, font état d’une violence extrême, souvent constitutive d’actes de torture. Parmi les agissements commis par les militaires israéliens, non exhaustifs, des passages à tabac, l’utilisation de tasers, la privation de sommeil, des menaces et des insultes, des gestes d’humiliation et des traitements dégradants, la détention dans des conteneurs métalliques, ainsi que le maintien dans des positions douloureuses sous le soleil pendant des heures. Les témoignages font aussi état de violences sexuelles, notamment des fouilles à nu humiliantes, des insultes et moqueries à caractère sexuel, des attouchements des parties génitales et des viols.

Une réaction tardive du Canada

La LDL et la FIDH dénoncent l’absence de réaction du Canada suite à la première interception illégale de plus de 20 bateaux les 29-30 avril, à 900 km des côtes de Gaza, dans les eaux internationales près de la Grèce. Lors de celle-ci, deux Canadiennes ont été enlevées par Israël pendant 48h et ont été victimes de violences et de traitements inhumains et dégradants. Une autre Canadienne se trouvait à bord d’un bateau arraisonné illégalement par les forces israéliennes, puis vandalisé avant d’être laissé à la dérive sans moyens de communication et de navigation pendant 12h, en direction d’une tempête, avant d’être secouru par l’organisation espagnole Open Arms.

Ce n’est qu’à partir du 20 mai que le gouvernement canadien a enfin réagi publiquement, après la diffusion d’images particulièrement choquantes du ministre israélien Itamar Ben-Gvir, qui ont suscité un tollé international. Le 20 mai, vous avez qualifié les violences infligées aux civil·es de « traitement abominable » et de « traitement odieux », indiquant que le gouvernement a déjà imposé des sanctions à l’encontre du ministre israélien Ben-Gvir, sans annoncer de sanctions contre Israël. C’est pourtant ce qu’exige, depuis des années maintenant, un large pan de la société civile canadienne. Vous avez également annoncé avoir convoqué l’ambassadeur israélien. Puis le 22 mai, vous avez déclaré que « le Canada condamne sans équivoque les graves mauvais traitements infligés à des Canadiens en Israël ». Enfin le 23 mai, vous avez déclaré que « le fait d’avoir refusé à des citoyens canadiens l’accès à des services consulaires pendant leur détention constitue une violation de la Convention de Vienne » et avez demandé la tenue d’une enquête lors d’une rencontre avec le ministre israélien des Affaires étrangères.

Le Canada n’a cependant annoncé aucune action concrète à ce jour concernant les violences infligé·es aux Canadien·nes dont sont responsables l’ensemble du gouvernement israélien et du système colonial en place.

Génocide en cours et prisonnier·ères palestinien·nes

Les Canadien·nes enlevé·es par Israël ont déclaré à juste titre que les 9 500 prisonnier·ères palestinien·nes retenu·es captif·ves par Israël subissent une violence systémique et coloniale encore plus importante. Près de 3 500 Palestinien·nes sont présentement détenu·es par Israël sans inculpation ni procès. Les sévices infligé·es par Israël aux Palestinien·nes incluent des actes de torture et des agressions sexuelles documentées. La rapporteuse spéciale des Nations-Unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese a explicitement lié le génocide et la torture dans son dernier rapport présenté lors de la 66e session du Conseil des droits humains de l’ONU.

Un rapport des Nations Unies publié en mars 2025 fait état du fait que « des formes spécifiques de violence sexuelle et fondée sur le genre, notamment la nudité ou des mises à nu forcées en public, le harcèlement sexuel, dont les menaces de viol, ainsi que les agressions sexuelles, font partie des modes opératoires standards des forces de sécurité israéliennes à l’égard des Palestiniens ». Une enquête du New York Times publiée le 18 mai 2026 fait état d’« un schéma de violences sexuelles israéliennes généralisées contre des hommes, des femmes et même des enfants — commises par des soldats, des colons, des interrogateurs de l’agence de sécurité intérieure Shin Bet et, surtout, par des gardiens de prison ».

La LDL et la FIDH déplorent vivement le silence du Canada sur les sévices que les Palestinien·nes subissent aux mains des autorités israéliennes. Nous vous exhortons, Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre, à condamner les violations des droits humains commises par Israël envers les Palestinien·nes retenu·es captif·ves et à exiger leur libération.

Déclaration commune « sur la situation en Cisjordanie » du 22 mai 2026

Depuis plus d’un an, le Canada multiplie les déclarations sur les crimes commis par Israël contre le peuple palestinien, haussant parfois le ton, mais sans jamais entreprendre d’actions concrètes contre le gouvernement israélien. La dernière en date est la « Déclaration commune sur la situation en Cisjordanie » émise le 22 mai par les gouvernements du Canada, de l’Allemagne, de l’Australie, de la France, de l’Italie, de la Nouvelle-Zélande, de la Norvège, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Cette déclaration souligne le caractère illégal de la colonisation des territoires palestiniens occupés, sans toutefois évoquer l’avis de la Cour internationale de Justice du 19 juillet 2024. Elle se contente de demander aux entreprises de ne pas soumissionner aux appels d’offres en lien avec la colonisation de la zone E1. Cette approche fait fi du fait que le projet de colonisation a été approuvé et orchestré par l’ensemble du gouvernement israélien et non par quelques individus isolés et fautifs que seraient les colons violents ou des ministres d’extrême droite. De plus, en refusant d’indiquer que leurs gouvernements envisagent de sanctionner les entreprises fautives, les signataires enlèvent toute effectivité à leur déclaration. 

La Ligue des droits et libertés et la Fédération internationale des droits humains intiment le gouvernement canadien à poser sans tarder les actions suivantes, conformément à ses obligations en vertu du droit international :

  1. Adopter des sanctions économiques et commerciales à l’égard d’Israël, y compris une interdiction de commerce avec les colonies israéliennes illégales dans le Territoire palestinien occupé;
  2. Instaurer un véritable embargo sur la vente de tout matériel et pièces d’équipements militaires à destination d’Israël, incluant ce qui transite par les États-Unis;
  3. Mettre fin immédiatement à l’accord de libre-échange Canada-Israël;
  4. Rompre tous les liens diplomatiques, politiques, économiques, commerciaux et culturels avec Israël;
  5. Poursuivre les Canadien-nes qui ont servi dans l’armée israélienne ou commis des crimes en tant que colons en Cisjordanie;
  6. Interdire et sanctionner la vente au Canada de terrains situés dans le Territoire palestinien occupé;
  7. Condamner la détention illégale, les actes de tortures et les agressions sexuelles systémiques commis par Israël à l’endroit des près de 9 500 prisonnier·ères palestinien·nes dans les prisons israéliennes;
  8. S’engager à honorer les mandats d’arrestation de la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant;
  9. Contribuer et soutenir les enquêtes indépendantes en cours et à venir sur les crimes commis, et exiger des comptes aux responsables. De même, soutenir sans équivoque le travail du Bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) dans son enquête en cours sur les crimes internationaux commis dans le contexte de la situation en Palestine;
  10. Soutenir la réalisation du droit à l’autodétermination du peuple palestinien, en affirmant le droit au retour des réfugié·es palestinien·nes et en s’objectant à tout plan imposé par l’extérieur.

Veuillez agir en conséquence, de manière urgente, et dans le respect des obligations du Canada en matière de droits humains et de droit international,

 


Diane Lamoureux
Présidente
Ligue des droits et libertés (LDL)

Alexis Deswaef
Président
Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)

C.C.
Avi Lewis, chef du Nouveau Parti démocratique
Heather MacPherson, porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’affaires étrangères

Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois
Alexis Brunelle-Duceppe, porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères et de droits de la personne

Pierre Poilievre, chef du Parti Conservateur du Canada
Michael D. Chong, porte-parole du Parti Conservateur du Canada en matière d’affaires étrangères

Mme Salma Zahid, présidente du Groupe d’amitié parlementaire Canada-Palestine et députée de Scarborough-Centre, Ontario

Son Excellence António Guterres, secrétaire général des Nations Unies

Mme Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967